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Travailler ne devrait pas tuer

Travailler ne devrait pas tuer

Une hécatombe silencieuse

Chaque année en France, le travail continue de coûter la vie à des centaines de salariés. En 2024, 764 personnes sont mortes à la suite d’un accident du travail pour le seul régime général. En intégrant les accidents de trajet et les maladies professionnelles, ce sont plus de 1 290 décès liés au travail qui ont été recensés. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : près de deux salariés meurent chaque jour à cause de leur activité professionnelle, tandis que plus de 100 sont grièvement blessés.

Le nombre total d’accidents du travail demeure massif, autour de 550 000 par an. Si certains indicateurs laissent apparaître une légère baisse des accidents non mortels, la mortalité, elle, ne recule pas. Depuis plusieurs années, le compteur des morts au travail reste figé autour de 750 décès annuels, signe d’une prévention défaillante face aux risques les plus graves.

Une tendance 2025 sans rupture

Les premiers éléments disponibles pour 2025 confirment cette inquiétante stagnation. Malgré les plans d’action et les campagnes de sensibilisation, aucune baisse significative des accidents graves et mortels ne se dessine. Les causes sont pourtant bien connues : chutes de hauteur, accidents routiers professionnels, écrasements, manutentions lourdes, exposition à des machines dangereuses, mais aussi désorganisation du travail et pression accrue sur les salariés.

Cette situation met en lumière un paradoxe : la diminution quantitative de certains accidents ne s’accompagne pas d’une réduction de leur gravité. Le travail reste mortel là où les risques sont les plus élevés et les moyens de prévention insuffisants.

Des secteurs durablement sacrifiés

Tous les secteurs ne sont pas égaux face au danger. Les transports et la logistique figurent parmi les plus meurtriers, avec près de 175 décès en une année, principalement liés aux risques routiers et à l’intensification des cadences. Le bâtiment et les travaux publics continuent de payer un lourd tribut, avec environ 140 à 150 morts par an, souvent dus à des chutes de hauteur ou à des écrasements.

L’agriculture, l’agroalimentaire et certaines branches industrielles connaissent également une progression des accidents mortels. Les salariés les plus exposés sont souvent les plus précaires : intérimaires, sous-traitants, jeunes travailleurs ou nouveaux embauchés, insuffisamment formés et confrontés à des conditions de travail dégradées.

L’affaiblissement de la prévention

Cette hécatombe ne peut être dissociée des choix politiques et organisationnels des dernières années. La disparition des CHSCT a porté un coup sévère à la prévention des risques professionnels. Ces instances, dédiées à la santé et à la sécurité, permettaient une analyse fine des situations de travail et un véritable pouvoir d’alerte.

Les CSSCT, qui leur ont succédé, disposent de moyens réduits et de champs d’intervention limités. Cette fragilisation s’est traduite par une baisse de la qualité des actions de prévention dans les entreprises. Dans le même temps, les risques psychosociaux explosent : surcharge de travail, stress chronique, injonctions contradictoires, isolement. Autant de facteurs qui augmentent la probabilité d’accidents et de drames humains.

Des leviers existent, encore faut-il les activer

Des réponses sont pourtant connues. Le plan national de prévention des accidents du travail graves et mortels prévoit un ciblage renforcé des secteurs à risque, une action spécifique sur les chutes de hauteur et les risques routiers, ainsi qu’une meilleure formation des salariés, notamment des jeunes et des nouveaux embauchés.

Mais ces mesures restent largement insuffisantes sans moyens humains, financiers et juridiques à la hauteur. L’application rigoureuse du document unique d’évaluation des risques, le renforcement des droits et des prérogatives des représentants du personnel, ainsi qu’une politique de prévention ambitieuse dans chaque entreprise sont indispensables pour enrayer cette spirale mortelle.

Une exigence de dignité

Mourir au travail n’est ni une fatalité ni un dommage collatéral acceptable. Les chiffres démontrent que les risques sont identifiés et que les solutions existent. Ce qui fait défaut, c’est une volonté réelle de placer la santé et la sécurité des salariés au-dessus des logiques de rentabilité et de court terme.

La CAT entend rester en première ligne pour défendre les travailleurs de tous les secteurs et rappeler une évidence trop souvent oubliée : aucun emploi, aucune production, aucune échéance ne justifie qu’un salarié perde sa vie en la gagnant.

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