Proches aidants : faire connaître leurs droits pour mieux les soutenir
Chaque année, le 6 octobre est consacrée la Journée nationale des aidants. C’est une occasion de rappeler que derrière ce rôle quotidien, souvent invisible, se trouvent des droits trop peu connus — droits qui, pourtant, peuvent aider à alléger le fardeau des personnes concernées.
Qui est “proche aidant” ?
On appelle “proche aidant” (ou aidant naturel) une personne qui, à titre non professionnel, apporte une aide régulière à une personne de son entourage (parent, conjoint, enfant, ami…) en perte d’autonomie, en situation de handicap ou de maladie chronique.
Cette aide peut prendre des formes variées : assistance aux gestes de la vie quotidienne, coordination des soins, accompagnement dans les démarches administratives, soutien moral, etc.
Le défi pour les aidants est souvent de concilier cet engagement avec leur vie personnelle, familiale ou professionnelle — une charge invisible qui pèse souvent lourdement sur leur qualité de vie.
Les droits dont peuvent bénéficier les salariés aidants
Les pouvoirs publics ont progressivement renforcé les droits des salariés aidants. Voici les principaux dispositifs existants :
Le congé de proche aidant
Ce congé permet au salarié de s’occuper d’une personne proche présentant une perte d’autonomie ou un handicap.
Évolutions importantes :
- Depuis le 1ᵉʳ juillet 2022, la condition de “gravité particulière” n’est plus exigée pour l’aidé.
- Le congé peut durer jusqu’à 3 mois, renouvelable selon certaines conditions, pour un total maximal d’un an sur l’ensemble de la carrière.
- Il peut être fractionné, pris à temps partiel ou même à la demi-journée (avec accord de l’employeur).
- Le congé n’est pas rémunéré, sauf dispositions plus favorables prévues par accord d’entreprise ou convention collective.
- L’employeur ne peut pas refuser ce congé dès lors que les conditions légales sont remplies.
L’allocation journalière de proche aidant (AJPA)
Cette allocation vise à compenser partiellement la perte de revenus liée à la réduction ou à l’arrêt temporaire d’activité pour s’occuper d’un proche.
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, le salarié peut bénéficier de 66 jours indemnisés par personne aidée.
Le montant de l’indemnité est fixé à 65,80 € par jour ou 32,90 € par demi-journée.
Sur l’ensemble de la carrière, un total maximal de 264 jours d’AJPA peut être versé si la personne aide plusieurs proches successivement.
Le don de jours de congés
Sous réserve de l’accord de l’employeur, des salariés peuvent faire don de jours de repos (congés payés non pris, RTT, jours de récupération, etc.) à des collègues proches aidants.
Toutefois, si le don porte sur des congés payés, seuls les jours de la 5ᵉ semaine peuvent être cédés.
L’aménagement d’horaires
Un salarié aidant peut demander un aménagement de ses horaires afin de mieux concilier vie professionnelle et accompagnement du proche.
Déblocage anticipé de l’épargne salariale
Depuis juillet 2024, l’activité de proche aidant est reconnue comme motif légitime pour débloquer anticipativement les sommes issues de l’épargne salariale.
Protections et négociation collective
Le Code du travail ne prévoit pas encore de protection spécifique au licenciement pour les proches aidants.
En revanche, l’employeur doit justifier tout refus de télétravail si celui-ci est déjà pratiqué dans l’entreprise et qu’un salarié aidant en fait la demande.
Les branches professionnelles ont désormais l’obligation de négocier, tous les 4 ans, des mesures en faveur des salariés proches aidants.
Autres dispositifs et droits utiles
Au-delà des droits professionnels, plusieurs aides peuvent soutenir les aidants au quotidien :
- Droit à la formation : apprentissage des gestes de soins ou validation de l’expérience acquise.
- Aides fiscales et financières : crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, aides à l’adaptation du logement, etc.
- Droit au répit : financement de solutions d’accueil temporaire ou d’aide relais pour éviter l’épuisement.
- Congé de solidarité familiale : pour accompagner un proche en fin de vie.
- Congé de présence parentale : jusqu’à 310 jours sur 3 ans pour accompagner un enfant malade, handicapé ou accidenté.
Les freins et défis à dépasser
Malgré ces dispositifs, plusieurs obstacles demeurent :
- Méconnaissance des droits par les salariés.
- Complexité administrative pour accéder aux aides.
- Usage limité des congés ou allocations jugés trop contraignants.
- Impact sur la carrière et la santé des aidants.
- Absence de protection juridique renforcée en cas de rupture du contrat de travail.
Vers des pistes d’amélioration
Pour mieux soutenir les proches aidants, plusieurs leviers peuvent être envisagés :
- Étendre la durée d’indemnisation et faciliter le fractionnement des congés.
- Intégrer le “statut d’aidant” dans le droit anti-discrimination.
- Développer la négociation d’entreprise sur le télétravail, les horaires et le soutien psychologique.
- Simplifier l’accès à l’information via un guichet unique.
- Renforcer les dispositifs de répit pour prévenir l’épuisement.
- Valoriser financièrement ou socialement le rôle de l’aidant.
Être proche aidant, c’est faire preuve d’un engagement immense, souvent au prix d’un équilibre fragile entre vie personnelle et professionnelle.
Si les droits progressent, ils restent trop méconnus ou insuffisamment appliqués.
Informer, simplifier et valoriser les aidants, c’est reconnaître leur rôle essentiel dans notre société — et leur offrir, enfin, le soutien qu’ils méritent.
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